Les mots de la fin

Création, tradition et transmission


Daniel Ducharme | Idées | 2024-01-15


Suis-je en panne sérieuse de créativité ? Est-ce que je commence à penser que, en raison de mon âge (de plus en plus avancé, disons-le…), il ne sert plus à rien de noircir de mots sur des pages d’écran ? Comme si, en tant que vieux, je n’avais plus ma place en ce monde. Comme si je devais mourir avant le temps… Si je n’ai plus de place en ce monde, alors que me reste-t-il ? Quel espace est-il dévolu à un vieux quand celui-ci n’a pas envie de faire des voyages organisés ou de fêter ses noces de diamant ? Une série de questions auxquelles je devrais répondre si je veux continuer à écrire, à lire, à marcher… à vivre, quoi !

D’abord, le rapport aux jeunes. Il faut leur laisser de la place, bien entendu. Que nous le voulions ou non, ils représentent l’avenir, même si on juge parfois que cet avenir s’annonce de plus en plus sombre, ce qui est en grande partie la faute des générations précédentes qui, conscientes des enjeux environnementaux, n’ont pas réagi, ou plutôt n’ont pas agi, trop préoccupées par des soucis de croissance économique, du marché de l’emploi, etc.

Peu importe l’état du monde, les jeunes représentent l’avenir alors que nous sommes le passé. Il n’y a pas à revenir là-dessus. Toutefois – ou malgré tout, ai-je envie d’écrire -, il nous reste une place à occuper, une place de témoin des temps révolus. Nous sommes des passeurs, des artefacts vivants. En ce sens, notre devoir consiste à transmettre et ce, même si la réceptivité des jeunes par rapport à ce que nous leur transmettons n’est pas toujours au rendez-vous. Tôt ou tard, ils répondront présents, ne serait-ce quand ils frapperont eux-mêmes aux portes de la vieillesse. Cela dit, encore faut-il s’entendre sur ce qu’il y a à transmettre. Transmettre réfère au concept de tradition, qui se définit justement par ce qui peut être transmis. D’ailleurs, sur Wikipédia, on peut lire :

« La tradition désigne au sens général l’ensemble des connaissances et des pratiques qui sont transmises de génération en génération, le plus souvent de manière orale, mais aussi par la conservation et l’imitation de coutumes, de comportements, de modèles et d’exemples. Il s’agit d’une forme d’héritage immatériel. »

Tout ça ne manque pas d’intérêt, mais ça ne résout pas l’apport individuel d’un petit vieux dans mon genre à la société. Individuel, pas social, bien que l’individu soit façonné en grande partie par la société, j’en conviens. Cela dit, si cet apport se limitait à mes proches (et aux quelques personnes qui me lisent), ne serait pas déjà suffisant ? Pourquoi chercher plus loin ? Si chacun se nous s’occupait de ses proches, ça serait déjà pas mal, non ? Il y a trop de gens abandonnés en ce monde en déclin.

Au fond – et je me dois la vérité -, quand j’écris, je pense essentiellement à deux ou trois personnes, rarement davantage, et ça suffit à me motiver. Alors, voilà tout, il n’y a rien à ajouter.


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