Se libérer du corps

Pendant sept longues semaines, j’ai souffert d’une sciatique qui m’a pourri la vie. Une douleur quasi permanente qui ne s’atténuait qu’avec la positon debout. Pour dire la vérité, seule la marche me faisait du bien. Aussi le soir je prenais de longues marches qui me procuraient somme toute une bonne fatigue tout en me faisant perdre quelques grammes…

Pendant tout ce temps, donc, mon corps vieillissant a manifesté quotidiennement sa présence en me rappelant que, que je le veuille ou non, je devais composer avec lui… Impossible pour moi d’oublier ce corps qui nuisait grandement à ma concentration et, par le fait même, à mes activités intellectuelles. Même la simple lecture d’un roman m’était devenu pénible… Puis, je me suis souvenu d’une citation que j’ai lue un jour sur le blogue de mon amie Chartrand St-Louis. Ce passage est tiré de l’ouvrage de la médiéviste Marie-Madeleine Davy intitulé Traversée en solitaire (Albin Michel, 1989). La voici :

« Un moment arrive où il convient d’exercer à son propre égard une extrême vigilance. Le corps se fatigue et cherche à monopoliser l’attention. Son désir vise à établir sa souveraineté et à réduire en esclavage le cavalier dont il est la monture. Toutefois, il réagit suivant l’attitude qu’on prend envers lui. Gâté tel un gamin capricieux, il se voudra monarque; traité avec gentillesse et humour, il puisera constamment en lui-même des énergies nouvelles. (…) Celui qui n’éprouve pas le goût de la culture, de l’écriture, des livres, de l’art – musique ou peinture – va saisir la seule évasion qui s’offre à lui : le souci et le soin exclusifs de son corps. »

Comme vous vous en doutez, j’adhère pleinement aux propos tenus par cette dame qui nous rappelle que le corps ne devrait pas être une source de préoccupation, du moins pas au point de nous détourner de l’essentiel. Certes, le corps nous porte, et nous nous en soucions assez peu de lui tant qu’il joue son rôle. Mais la vieillesse, la maladie et les divers inconforts nous font trop souvent accorder une importance démesurée à ce corps au détriment de nos activités contemplatives ou créatives. Plus nous vieillissons, plus le corps prend de la place. Il faut donc faire en sorte qu’il se fasse oublier un peu… Toutefois, mettre ce principe en pratique peut s’avérer difficile. Pendant ces deux mois, avec cette douleur quasi permanente, je n’ai pu vaquer à mes activités, et j’en ai souffert autant que ma sciatique m’a fait souffrir…

Un jour viendra où le corps prendra toute la place dans notre vie. Alors, il ne nous restera plus qu’à mourir. Heureusement, le temps n’est pas venu : ma sciatique a disparu aussi miraculeusement qu’elle était apparue… Dieu merci.

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