Puzzle (casse-tête)

Terrasse d’un café le soir (Van Goth)

Dans le Wiktionnaire, on peut lire que le puzzle (casse-tête au Québec) est « un jeu de patience composé de petites pièces à contours irréguliers que l’on doit assembler pour reconstituer une image ». Il y a quelques années, une amie m’a avoué son incompréhension quand je lui ai révélé que j’étais un adepte de la pratique du puzzle. » Quoi ? Tu fais des puzzles ? Comment fais-tu pour trouver le temps avec tes deux emplois et tes activités d’éditeur ? Sans compter tes amis et ta famille, car, si je me souviens bien, tu as une famille, non ?  – Le temps n’est pas un problème à prendre en compte, lui ai-je répondu. Il est doté d’une propriété qui lui confère une sorte d’élasticité qui varie en fonction des individus, d’où sa valeur toute relative. As-tu déjà remarqué que, moins on en a, plus on fait des choses ? Et puis, je dors peu, comme tu sais… » Ce à quoi, elle a rétorqué : « Va pour le temps… N’empêche que le puzzle est une activité complètement stupide. Comment peux-tu t’adonner à ça ? »

Il est vrai que le puzzle est une activité où même les imbéciles peuvent exceller. Toutefois, il ne s’agit pas d’une activité aussi stupide que le prétendait mon amie, sans doute trop prompte à porter un jugement. Sans requérir un doctorat en physique, il faut tout de même être pourvu d’une certaine intelligence pratique pour faire un puzzle. Par ailleurs, le puzzle recèle des vertus insoupçonnées. En effet, il s’agit d’une activité anti-stress qui procure le bien-être, voire une sorte de paix intérieure, à ceux qui la pratiquent. À mes yeux, le puzzle est à l’Occident ce que la méditation transcendantale est à l’Orient. Avez-vous déjà essayé la méditation ? Moi, oui… mais je l’ai toujours abandonnée parce qu’elle ne me conduisait nulle part. Surtout, je ne suis jamais arrivé à suivre son précepte premier : ne penser à rien. Vous arrivez, vous, à ne penser à rien ? Moi, pas… Alors que, quand je passe une heure à compléter un puzzle de 1000 pièces, je vous jure que je ne pense à rien, absolument rien, et que même, quelque part en moi, j’atteins une certaine plénitude. Et si je couple cette activité avec l’écoute du Requiem de Fauré ou de Duruflé, par exemple, alors là, et seulement là, j’arrive à faire le vide absolu en moi, ne sentant ni mon corps ni mon esprit.

On dira bien ce qu’on voudra mais moi, après une heure de puzzle, j’arrive à dormir six heures de suite. Un luxe inestimable dans ma condition d’homme vieillissant. Et parlant de vieillesse, d’autres bienfaits associés à la pratique du puzzle sont à souligner : entraînement de la mémoire à court terme, amélioration de la dextérité, réduction des risques de démence et d’Alzheimer, renforcement des capacités cognitives. En parcourant le Web, j’ai pu noter d’autres bienfaits, mais il est inutile d’en faire trop grand étalage. En ce qui me concerne, c’est le facteur anti-stress qui arrive au premier plan. Garder son calme face à l’agitation du monde, c’est déjà beaucoup. Comme le dit un sage que je fréquentais dans un autre pays il y a longtemps : il ne faut pas trop demander à la vie…

Pour compléter cette réflexion, je me permets de reproduire aussi une pensée de l’auteur Allan E. Berger sur le puzzle :

Il en est des puzzles comme des labyrinthes : un peu d’organisation permet de s’en sortir. La méthode la plus bête est imparable : prendre une pièce, et lui présenter les autres jusqu’à rencontrer celle qui convient. Tout n’est alors qu’une question de patience. Ainsi, dans un labyrinthe, que vous y entriez par les bords ou en plein milieu, suivez toujours une paroi et, au pire, vous sortirez par où vous êtes entré… Ces procédés font perdre sa magie au puzzle mais permettent, dans un labyrinthe, d’évacuer l’angoisse et d’y faire du tourisme. Et l’on voit que, pour retirer du plaisir à résoudre un puzzle, il faut faire le contraire de ce que l’on fait dans un labyrinthe : il faut se jeter dedans la tête la première et oublier où l’on est.

En terminant, un mot sur l’emploi du mot puzzle en français. Le Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française recommande casse-tête au lieu de puzzle qu’il présente comme un anglicisme. Or, selon mon ami Allan E. Berger, le puzzle viendrait du vieil anglais to pusle (déconcerter, remplir de confusion). Ce n’est pas exactement la même chose que de se casser la tête à assembler des petits morceaux de carton ou de bois en fonction d’une représentation graphique. Cela dit, je n’en ferai pas un combat : casse-tête ou puzzle, allez-y comme vous le sentez !

2011, mis à jour 2021