Philip Roth : Un homme

Un homme est un roman de Philip Roth. Il constitue le premier volet du cycle Némésis qui comprend, outre celui-ci, Indignation (2011), Le rabaissement (2011) et Némésis (2012). Avant d’entreprendre cette lecture, il faut savoir que cet ensemble de romans sont les derniers écrits par l’auteur avant sa mort survenue à l’âge de 82 ans le 22 mai 2018. Je ne suis pas un spécialiste de la littérature américaine, et encore moins de Philip Roth, mais j’ai lu il y a quelques années le monumental Symphonie américaine (1999) qui, avec son mélange d’histoire et de fiction, m’avait assez impressionné. Un autre roman de lui avait attiré mon attention aussi : La tache (2002). On en a fait un film, d’ailleurs (La couleur du mensonge, réalisé en 2003 par Robert Benton). Le sujet est tellement d’actualité (susceptibilité du discours envers les personnes dites racisées) que je vous en recommande vivement la lecture.

Un homme raconte les aléas d’un homme de 71 ans, ancien rédacteur-concepteur pour une célèbre agence de publicité de New-York, marié trois fois, avec trois enfants dont deux qui ne lui parlent plus depuis belle lurette, et qui se retrouve tout fin seul au début de sa vieillesse, vivant dans une résidence pour aînés près de la mer, un lieu où il conserve des souvenirs heureux de son enfance.

Voilà, pour le synopsis, je crois que tout est dit… Mais la réussite d’un roman, comme vous le savez, ne réside pas nécessairement dans l’histoire qui est racontée, mais le plus souvent dans la manière dont il l’est, dans son style, quoi. À cet égard, l’approche privilégiée par Roth pour l’écriture d’Un homme n’est pas la plus facile : il s’agit d’un long discours, sans partie ni chapitre, qui court sur plus de 200 pages. Parfois, si on n’est pas bien concentré, on peut s’y perdre… car il passe de l’enterrement de son père à sa rupture avec Phoebe, sa seconde épouse, pour revenir au temps présent de l’écriture alors qu’il enseigne la peinture – son activité de retraité – dans la petite ville côtière où il habite.

Le roman se termine là où il a commencé : au cimetière. En effet, avant de subir une septième intervention cardiaque en moins d’une année, l’homme va se recueillir sur la tombe de ses parents et, au moment de quitter les lieux, il fait la rencontre du fossoyeur, un homme noir d’une cinquantaine d’années qui pratique son métier à l’ancienne, creusant lui-même le trou et le recouvrant de terre une fois que la cérémonie funèbre est terminée. Du travail soigné qui impressionne cet homme, soudain ému par ce travail concret, solide, utile. Toute cette scène d’ailleurs s’avère remarquable et, à mon avis, elle vaut à elle-seule la lecture de ce roman. Quand il quitte le cimetière, après cette conversation, il est prêt à tout…

Un homme, donc, est l’histoire de cet homme qui, pendant trop longtemps, a refusé sa finitude mais qui, à la fin, finit par l’accepter : « Il s’était marié trois fois, il avait eu des maîtresses, des enfants, il avait fait une carrière intéressante et réussie, or voilà qu’échapper à la mort semblait devenir la grande affaire de sa vie, qui se résumait désormais à l’histoire de son déclin physique. »

Philip Roth : Un homme / traduit de l’anglais par Josée Kamoun. Gallimard, 2007