Le parcours en vélo

Quand les beaux jours reviennent, je sors mon vélo. Non, je ne suis pas un cycliste de haut niveau. Je me balade dans le quartier, c’est tout. Lentement, à mon rythme, pour mon plaisir, et avec comme seule ambition de porter mon corps dans la rue de la ville. Je n’en demande pas davantage, vous savez, et ce n’est déjà pas si mal, compte tenu des années qui s’accumulent sous mon enveloppe charnelle.

L’homme est un être d’habitude, vous le savez, et je n’échappe pas à la règle. De sorte qu’au fil du temps j’ai aménagé deux parcours, toujours les mêmes à peu de choses près.

Le premier est celui du Bout de l’île, du titre de mon premier roman publié en 2009. En partant de chez moi, il consiste à prendre à droite sur la rue Forsyth en direction ouest. Sur Forsyth, je roule jusqu’à la 11e avenue où je pique plein sud jusqu’à la rue de Montigny. Là, je continue vers l’ouest jusqu’à la 6e avenue, la rue de mon enfance, celle que j’ai décrite dans mon roman. Je descends la 6e avenue jusqu’à la rue de la Gauchetière. Ce faisant je passe devant les maisons de Pierrot dit Dingo, de René Bouchard, de Lucie Pagé, ma première blonde, et de tous les voisins de l’appartement que nous occupions au milieu des années 1960 : les Lewis, les Lefort, les Bélanger, etc. Entre les rues de Montigny et la Gauchetière, je m’arrête quelques instants pour respirer un grand coup : les plus belles années de ma vie sont là… Une fois le plein de nostalgie fait, je reprends la route, tournant à gauche sur la Gauchetière pour me diriger vers l’ouest. Je passe alors devant la maison de Yves Jodoin. À la hauteur de la 8e avenue, je tourne à droite et je descends jusqu’au fleuve en passant devant les maisons de Francis Boisjoli et de Paul Tourangeau. Au bas de l’avenue, je tourne à gauche pour m’arrêter au Bord de l’eau, cet espace aménagé au sud du presbytère de l’église Saint-Enfant-Jésus. Je descends de mon vélo et je m’assis sur un banc face au fleuve. Une pause bien méritée.

Pour le retour, j’emprunte un chemin différent. Je remonte la rue Saint-Jean-Baptiste, passe devant mon école primaire transformé en condos et m’arrête au cimetière, histoire de prier quelques minutes sur la tombe de mes parents, unis dans la mort alors qu’ils étaient séparés dans la vie… Ensuite, je traverse le cimetière, emprunte la rue Parent jusqu’à la 18e avenue, là où habitait mon ami Jean-Luc, volontairement décédé au printemps 2015. Puis je retourne chez moi par la rue Forsyth en direction est.

Ce premier parcours m’ancre dans ce passé qui fait partie de moi. Vous savez, les souvenirs, il ne faut pas les renier, les chasser de son esprit, du moins tant qu’ils ne nous empêchent pas d’aller de l’avant. Le passé fait partie de nous : il façonne notre présent et nous prépare pour l’avenir. Ce parcours, je l’emprunte souvent au cours de l’été et ce, depuis une vingtaine d’années. Ce qui m’étonne, je dois le dire, c’est que peu de choses ont changé avec les années. Les maisons sont toujours là, les rues aussi. Certes, la petite école primaire au coin de la 6e avenue et de la rue de la Gauchetière est disparue depuis longtemps. Même chose pour cette autre école primaire sise en face du cimetière qu’on a transformé en complexe domiciliaire. Pour le reste, à peu de choses près, tout est là…

Dans un autre billet, je vous entretiendrai de mon deuxième parcours, moins nostalgique, mais néanmoins fort intéressant.

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Les noms de personnes cités dans ce billet relèvent de l’imaginaire fictif de mes modestes œuvres littéraires. Ne perdez pas votre temps à chercher à les faire correspondre avec des personnes réelles…