La mort du Gonze : sept ans déjà

René Girard, alias Le Gonze, est mort seul dans son appartement au cours d’une journée caniculaire d’août 2007. Il avait quarante neuf ans. Depuis il ne se passe pas une journée sans que je pense à lui. Doté d’une forte personnalité, il recherchait avant toute chose l’authenticité et ce, tant dans sa vie quotidienne que dans son activité littéraire. Bâti d’une seule pièce, il n’était guère porté sur le compromis. En désaccord avec le dilettantisme que j’incarnais chez ÉLP, il s’était retiré du projet au printemps 2007, nous laissant seuls, Pierre Rivet et moi, à la barre d’Écouter Lire Penser. Mais cela n’entachait en rien notre amitié qui remontait au tout début des années 1980. Nous avions d’ailleurs conservé le contact et, si la vie en avait décidé autrement, il aurait sans doute continué à faire ce qu’il ne pouvait s’empêcher de faire: réviser les textes du site dans un souci constant de qualité. Et il aurait sans doute été le premier à sauter à pieds joints dans le projet d’édition numérique que je mène depuis l’automne 2010 avec Allan E. Berger, Aline Jeannet et Paul Laurendeau.

Pour lui rendre hommage, je me permets de reproduire ci-dessous un de ses poèmes qui le caractérise bien: Je suis fait pour ma vie. En le lisant, vous comprendrez mieux l’âme du Gonze, un homme qui avait raté depuis longtemps son rendez-vous avec la chance.

Je suis fait pour ma vie
Comme la plaie pour la lame
Comme si j’existais avant ma vie
Comme si la plaie existait avant la lame
Et que ma vie s’installait en moi
Après mon existence
Comme la lame dans la plaie
Après la blessure.

Je vous rappelle que René Girard dit Le Gonze est le co-fondateur du webzine Écouter Lire Penser. Sans lui, il est probable que j’aurais renoncé à ce projet qui s’est éteint, après huit années d’existences le 1er novembre 2013. Par ailleurs, René m’a fait connaître des auteurs que j’aurais mis sans doute longtemps à connaître, notamment Raymond Abellio. Il savait mieux que quiconque reconnaître une grande œuvre. Ainsi en est-il de ce roman québécois – sans doute le meilleur du XXe siècle – oublié d’un auteur qui l’est tout autant : Batissez mon temple… de Gilles Lamer, publié chez Leméac en 1985. Il m’en avait recommandé la lecture avec enthousiasme.

Je termine cette épitaphe en citant ces vers qu’il récitait en plusieurs langues :

Allez poser vos bombes ailleurs!
Ici, ce qui n’est pas déjà dévasté
est maintenant inatteignable.

Mise en ligne le : 2014-08-07

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