La file d’attente

Ce matin, à la station de métro, vous devriez voir la queue interminable de personnes qui attendent patiemment pour acheter leurs cartes mensuelles de transport. Nous sommes le premier lundi d’octobre. Le deux du mois, pour être précis. Pourquoi n’ont-ils pas acheté cette carte plus tôt ? Je ne sais pas, et de ne pas le savoir me rend perplexe parce que je ne suis pas en mesure de comprendre ce comportement collectif aussi absurde qu’irrationnel. Par ailleurs, ne pas comprendre un phénomène social heurte mon amour propre. (Après tout, j’ai fait deux ans de philo…) Tous ces gens ne savent-ils pas que les cartes mensuelles sont mises en vente dès le 26 de chaque mois ? Ne savent-ils pas qu’ils ne sont pas obligés d’acheter ce titre au guichet du métro et, qui plus est, le premier jour ouvrable du mois ? Ils peuvent très bien le faire dans un dépanneur ou une pharmacie de leur quartier. Alors, pourquoi se donner tant de mal pour rien ?

Bref, j’ai du mal à comprendre ces gens-là parce que, vous savez, j’ai pour habitude de tout planifier, de tout prévoir. Je me permets même de rappeler à mon fils unique de s’assurer d’acheter sa carte de transport avant le jour J. À cette fin, je lui envoie un texto chaque fin de mois. Je ne peux me contenter de moi-même, bien entendu. Il faut aussi que je pense à la place de mon fils, à la place de mon épouse. Que feront-ils sans moi quand je ne serai plus ? Ils vont se débrouiller pour acheter leur titre de transport dans les délais, je suppose… Personne n’est indispensable.

Je suis conscient que je dois me défaire de cette habitude de penser pour les autres. Le pire, c’est que si par malheur je ne rappelle pas à ceux que j’aime de faire ceci ou cela, ils me le reprochent par la suite. Pourquoi tu ne nous l’as pas dit, clament-ils ? Pourquoi n’as-tu pas envoyé un message comme tu as l’habitude de le faire ? Vous voyez comment je suis pris dans un engrenage… que j’ai moi-même contribué à mettre en place !

Ce matin, il y a donc plus d’une centaine de personnes en file devant la machine distributrice de cartes mensuelles de la Société de transports de Montréal. Et tout autant devant la cabine du changeur. Ça fait pas mal de monde pour ce beau lundi matin d’octobre. Je me fraie un chemin au milieu d’eux pour aller prendre le métro, rassuré pour mon fils, rassuré pour ma femme. Satisfait d’avoir su faire preuve de prévoyance une fois de plus.

Parfois, il faut se contenter de ce genre de satisfactions pour être heureux. Ne pas chercher plus loin. Juste constater qu’on est plus malins que la foule… et que les nôtres sont protégés grâce à notre prévoyance. Voilà tout.

Mise en ligne le : 2018-08-02

  • Photographie Julie Contant, Le métro Longueuil, 2018

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