Le vendredi

La bande dessinée, une fiction comme une autre

Je suis passé à la bibliothèque, histoire de sortir un peu de la maison. Depuis un peu plus d'un an, j'ai recommencé à lire des bandes dessinées, un genre littéraire que j'avais négligé ces dernières années. Pourquoi ? Je ne sais pas. Trop occupé à bosser, à m'occuper d'ÉLP éditeur, à mettre du contenu sur mes sites Web.

Lire des bédés me détend. Lire des bédés me permet de pénétrer des mondes de manière plus réaliste que la lecture de romans. Et c'est en cela que la lecture de bédés est une activité plus reposante. Plus besoin de visualiser les images : on plonge de manière instantanée dans la Rome antique, on pénètre au cœur du Moyen-Âge, on navigue dans un monde intersidéral composé de plusieurs planètes. Bref, un peu moins d'effort…

Par ailleurs, lire des bandes dessinées me ramène à l'image, pas à celle des réseaux sociaux, non, dont nous sommes saturés, mais plutôt à celle de l'art visuel, parce qu'un illustrateur de bandes dessinées — et vous le savez sans doute mieux que moi — s'avère aussi un artiste accompli, à l'instar des peintres, des sculpteurs, etc. Quant au texte, à la narration textuelle, si vous voulez, elle relève de la scénarisation, comme au cinéma. Et tout l'art du narrateur consiste à laisser parler l'image, donc à employer le moins de mots possibles, tout en s'assurant que le lecteur comprenne bien ce dont il s'agit. C'est vraiment comme au cinéma, et les qualités d'un bon film, comme celles d'une bonne bande dessinée, s'avèrent souvent les mêmes.

Lire des bandes dessinées me ramène aussi à l'ère pré numérique… car je les lis en format papier, pas en numérique, sans doute parce que les bédés numériques sont essentiellement en format PDF, et que je n'aime pas lire des PDF sur ma liseuse. Je pourrais en lire sur une tablette, c'est vrai, mais je ne suis pas prêt à assumer la fatigue oculaire qui en résulterait. À mon âge, que voulez-vous, je me protège… et mes yeux s'avèrent d'une importance vitale si je veux continuer à lire jusqu'au dernier moment, jusqu'à ce que je ne le puisse plus, parce que trop vieux pour le faire. À ce moment-là, il ne me restera plus qu'à mourir. C'est dire toute l'importance que représente la lecture dans ma vie…

Cela dit, ne vous détrompez pas : la lecture de bandes dessinées demeure une activité marginale par rapport à la lecture de romans. Car, on dira bien ce qu'on voudra, rien ne vaut des mots sur du papier, ou plutôt sur un écran e-ink, car vous aurez déjà compris que le retour au papier ne s'applique qu'aux bandes dessinées. Pour la lecture en général, je recours à ma liseuse qui, du point de vue de la fatigue oculaire, bat le papier à plate couture, n'en doutez pas. Je lis d'ailleurs sur une liseuse depuis 2010, année où j'ai acheté ma première liseuse, une Sony eReader dotée d'un ridicule écran de cinq pouces… Aujourd'hui, je m'adonne à la lecture numérique sur Kindle Oasis, la meilleure liseuse du marché au moment de son achat pendant la Pandémie. Après une incursion de deux mois sur une Kobo Libra, je continue à penser que la Kindle Oasis l'emporte en qualité, d'où mon incompréhension de la décision d'Amazon d'en cesser le développement et la distribution. J'en parlerai dans un autre billet, si vous le voulez bien.

Voilà, je me suis donc remis à la lecture des bédés et, franchement, ça me manquait… Et de la bande dessinée je suis passé au roman graphique, un terme à la mode pour désigner une bande dessinée qui se distingue par un récit plus long, plus orienté vers le public adulte aussi. Je pense que la série Paul de Michel Rabagliati s'inscrit dans cette catégorie. Après avoir lu Paul à Québec, je viens de lire Paul à la maison (La Pastèque, 2019), un roman qui m'a complètement retourné. Ce Paul à la maison est sombre, lucide, implacable face aux enjeux de l'existence, du vieillissement, de la finitude. Dans ce roman, Paul perd sa mère, sa fille s'en va tenter sa chance à Londres et sa femme l'a quitté depuis quelque temps. Il vit seul dans sa maison de Ahuntsic avec son chien, son voisin grincheux — un vieil Italien qui ne parle qu'anglais, même s'il vit au Québec depuis soixante ans ! Cette bédé illustre, avec brio, la difficulté de vivre dans un monde sans cesse en changement, et rarement pour le mieux. Une bédé magistrale à mon avis, par sa construction romanesque.

La bande dessinée peut nous faire voyager, très loin dans le temps et dans l'espace, mais aussi nous ramener à notre vie quotidienne. La bande dessinée s'avère donc une fiction comme une autre, avec l'image en plus. Parfois, ça fait du bien.


Daniel Ducharme : 2024-12-06, mise à jour : 2026-08-21

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