Je ne voulais pas écrire sur Thyléson Orélien
Je ne voulais pas écrire sur Thyléson Orélien. Je ne le voulais pas parce que de trop nombreuses personnes l'ont fait depuis quelques jours, et je ne vois pas en quoi mon modeste blogue pourrait apporter une contribution significative à ce débat. Je note toutefois que plusieurs amis et connaissances m'ont écrit pour connaître mon opinion. Pendant un moment, je me suis senti presque heureux de cette marque d'estime. N'empêche que j'ai peu de choses à ajouter sur cette déconvenue littéraire. Déconvenue pour l'auteur, mais aussi pour les critiques littéraires et, surtout, pour les jurés des différents prix littéraires qui, grands spécialistes devant l'Éternel, n'ont rien vu venir…
Ce roman a fait l'objet d'une multitude d'articles dans les journaux et sur la blogosphère. Parmi toutes les critiques parues, je ne vous en partagerai qu'une seule : Le choc Thyléson Orélien de Pierre Assouline, un critique littéraire qui tient ce blogue — La République des livres — depuis plus de vingt ans. Il ne s'agit pas du premier venu, donc. Il s'agit d'un critique très respecté dans le milieu littéraire en France et dans la francophonie. Et sa critique du roman d'Orélien s'avère très positive — mais je ne partage pas tout à fait son avis.
Normalement, je n'aurais pas lu ce roman, car je lis assez peu les livres qui font la une des journaux. Pourquoi ? Simplement parce que je n'aime pas l'actualité littéraire, et le fait qu'un livre soit récent ou ancien n'entre pas dans mes critères de sélection de lecture. Si j'ai quand même lu ce roman, c'est que je suis membre du club de lecture de mon quartier, et que ce livre sera discuté à notre prochaine rencontre. J'ai moi-même un blogue littéraire, vous savez : Lectures en cours. Sauf que je ne critique jamais un livre que je n'ai pas aimé. Je m'en explique dans un passage du À propos de Lectures en cours:
Il n’a pas pour but de rendre compte de l’actualité littéraire et éditoriale, mais plutôt de partager un intérêt spontané ou soutenu pour un texte, un auteur. Aussi l’objet de mes lectures n’a nul besoin d’être récent. Au contraire même, j’ai une prédilection particulière pour les auteurs tombés dans l’oubli. Dans chacune de ces notes, je tente simplement d’expliquer ce que m’a apporté la lecture d’un ouvrage. Et je suis animé par un principe qui ne souffre d’aucune exception : jamais je ne rends compte d’un ouvrage que je n’ai pas aimé ou que j’ai jugé de piètre qualité, car je suis conscient de l’effort qu’exige l’écriture d’une œuvre littéraire. Je le sais car moi-même j’en écris ! Le but ultime de ces billets est le partage, pas la critique condescendante d’un auteur qui, somme toute, a le droit à ses illusions. En conséquence, ne cherchez pas le nombre d'étoiles attribuées à un livre : il n'en aura pas !
Tout ça pour dire que, moi, je n'ai pas aimé le roman de Thyléson Orélien. Une note écrite sur mon application, bien avant que le scandale n'éclate, en témoigne :
Le roman de Thyléson Orélien m'ennuie : trop lourd, trop tragique, trop métaphorique. Je sais que son parcours est terrible, mais il n'est pas possible de raconter une histoire, si tragique soit-elle, sans la distance que procure l'humour. Ça devient intenable.
Pour ceux et celles qui ne l'aurait pas lu, ce roman raconte le chemin parcouru par un Haïtien, professeur d'histoire-géo dans une école publique à Carrefour-Feuilles, une agglomération de Port-au-Prince. Après une attaque d'un gang armé, il décide de tout quitter — il ne lui reste plus rien, de toute façon. De chapitre en chapitre, on suit son parcours de la République Dominicaine jusqu'au chemin Roxham à la frontière de l'État de New York et du Québec. De chapitre en chapitre, on le voit qui s'accroche à la vie. C'est long, larmoyant, excessivement métaphorique. Heureusement, les trois derniers chapitres rachètent le reste, car il y a une fin heureuse à ce roman trop bouleversant.
Inutile de vous rappeler que la fin est moins heureuse pour l'auteur qui n'est pas prêt de se relever après les dénonciations sur l'utilisation de l'IA et de plagiat. Encore ce matin, j'ai vu sur Facebook une comparaison entre des passages de C'était ça ou mourir et de Volkswagen Blues de Jacque Poulin, un roman culte au Québec publié en 1984. À mes yeux, ce n'est pas tant l'utilisation de l'intelligence artificielle qui s'avère le plus répréhensible (il aurait fallu aviser les lecteurs, toutefois, dans une note de l'auteur) que ces cas de plagiats de plus en plus avérés, documentés. Car l'IA, qu'on le veuille ou pas, constitue de plus en plus une donnée avec laquelle il faudra compter. Il s'agit d'un outil d'écriture. Un blogueur et auteur très pertinent sur cette question est Thierry Crouzet. Pertinent parce qu'il connaît bien l'IA qu'il expérimente depuis le début. Il a même écrit un roman avec l'IA : Le code Houellebecq. Récemment, il a écrit un billet sur le cas Thyléson Orélien : [IA : Une omerta chez les écrivains] (https://tcrouzet.substack.com/p/ia-une-omerta-chez-les-ecrivains). Pour comprendre davantage les implication de l'IA dans le processus littéraire, il faut lire Thierry Crouzet.
Mais l'IA est une autre question que je ne tiens pas à aborder ici. Je reviens donc au roman de Thyléson Orélien. Ce roman, en quelque sorte, fait l'éloge du réfugié, jouant sur les émotions des Occidentaux dont certains considèrent le flot incessant de réfugiés comme une menace. C'est un roman politique. Et ça, j'ai moins aimé, notamment parce que je ne supporte pas qu'on ressort le jeu de la gauche et de la droite quand il est question d'évaluer une œuvre littéraire, même si je reconnais la nécessité de décrire le phénomène des réfugiés — une honte pour l'humanité —, de le documenter. Mais nous nous éloignons de la littérature quand nous procédons ainsi.
Ce que je constate dans le succès de ce roman, c'est au moins une chose : le sujet (les migrants, en l'occurrence) peut être plus fort que le style — qui est normalement le propre de la littérature. En effet, ce sujet nous interpelle parce qu'il représente un problème majeur dans notre monde en voie de merdification. Ici, ça devient même un enjeu de la campagne électorale aux élections québécoises. Et en France aussi, je sais.
Tout ce qu'il faut retenir de cette histoire, c'est que, quand on recourt à l'IA, il faut le dire avant la publication d'un livre. Sinon, les conséquences peuvent être terribles. Cela dit, que certains concurrents au Prix Goncourt, tapis dans l'ombre, se soient réjouis de cette déconvenue, ça ne fait aucun doute… mais, personnellement, je n'en ferai pas une histoire de racisme politique. Il semblerait qu'un autre candidat au Prix Goncourt serait dans l'eau chaude. C'est du moins ce que révèle le Magazine littéraire. Il s'agit de Yannick Haenel avec son roman publié chez Gallimard : La solitude des professeurs est infinie. Des similitudes sont apparues avec un roman soumis chez Plon. Un article a été publié ici : Yannick Haenel: Comme un air de déjà-lu dans la rentrée littéraire.
Après les migrants, il s'agit d'un autre sujet fort : l'enseignement dans des banlieues sensibles en France. Peut-être devrait-on revenir à Alain Robbe-Grillet (1922-2008) ? Écrire un roman sans raconter d'histoire… et sans cette surcharge émotionnelle de l'air du temps !
La joie de l'écriture est dans le plaisir d'écrire, peu importe ce qu'on raconte, même si on fait des fautes.
Orélien, Thyléson. C'était ça ou mourir. Boréal, 2026
Daniel Ducharme : 2026-10-02 — Réagir ou commenter