J’ai perdu un ami : hommage à Pierre Thouin

Il y a huit ans déjà, j’ai perdu un ami, mort à l’âge où on ne devrait pas mourir. Certes, il a vécu ce que d’autres ne vivront jamais, même s’ils vivaient jusqu’à un âge très avancé. N’empêche, il n’aurait pas dû mourir. Non.

J’ai perdu un ami. Pas un grand ami, non, mais un ami quand même, un ami avec lequel j’avais en commun un pays lointain où il n’ira plus jamais, compte tenu que ses projets de voyage, ses projets d’y retourner, se sont éteints avec lui. Se dire qu’on voyagera plus tard ? Autant dire qu’on pique-niquera sur Mars. Les voyages forment la jeunesse, pas la vieillesse qui, elle, se forme par les souvenirs, à condition qu’on en ait, bien entendu. Mais quand on meurt, comme mon ami vient de mourir, ni les voyages ni les souvenirs ne sont possibles.

J’ai perdu un ami, mort au milieu de ceux qui ont connu le pays lointain, comme lui, et dont la ferveur est ravivée par la présence du mort, je veux dire, par celle de mon ami perdu. Ceux qui ont connu ce pays sont conscients, chacun à leur façon, d’avoir vécu dans un endroit unique au monde, et que, après avoir connu un tel privilège, la mort n’est pas la pire chose qui puisse leur arriver ici-bas.

J’ai perdu un ami. Mort parmi les morts, il ne reviendra jamais parmi nous, sauf dans les souvenirs de ceux qui l’ont connu dans ce pays lointain, bande de terre coincée entre montagne et océan, très loin, très loin d’ici.

Aux Comores, précisément. Un pays qu’on aime à mort, comme mon ami l’a aimé.

Mise en ligne 2016-04-07

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