Henri Vernes : Bob Morane 5 – Panique dans le ciel

À l’instar de l’ouvrage précédent, le cinquième Bob Morane débute à Paris alors qu’il est attablé à la terrasse d’un café. Un journal posé devant lui,  notre héros apprend l’écrasement d’un Tonnerre, un avion à réaction, fleuron de l’aviation britannique, à Aden (Yémen). Pendant qu’il s’étonne à haute voix de cet événement qu’il juge douteux, une voix familière se fait entendre, celle du professeur Clairembart dont on a fait la connaissance dans La galère engloutie. Et comme le hasard fait bien les choses, à la table à côté se trouve un autre homme, l’ingénieur anglais qui a conçu cet aéronef et qui, plus tard dans la soirée, frappe à la porte de Bob Morane, quai Voltaire, pour le supplier de se rendre au Yémen pour résoudre l’énigme de cette catastrophe aérienne. Notre héros refuse, ne se sentant pas habilité à mener une telle enquête… mais, devant les rigueurs de l’hiver, il s’envole tout de même pour le Yémen, en simple touriste, pense-t-il…

L’aventure débute au bord de l’avion alors qu’un homme aborde Bob Morane au bord de l’avion. Cet homme se présente sous une fausse identité et, connaissant le commandant Morane de réputation, le met en garde sur ses agissements possibles à Aden, ville qui fourmille de ruelles où des événements fâcheux peuvent se produire… Et, en effet, dès son arrivée à l’hôtel, Bob se trouve entraîné dans une tourmente d’événements… Comme si la terre entière se liguait contre lui, il est « victime »  de plusieurs tentatives d’assassinats de la part d’un ennemi qui reste non identifié jusqu’à l’avant-dernier chapitre du livre. Heureusement qu’il se lie rapidement d’amitié avec Sir Georges Lester, le chef de la police locale, et le major Briggs, de la British Air Force. Cela lui sera utile pour résoudre l’intrigue et mettre à jour le plan machiavélique de l’ennemi qui souffre du syndrome du savant fou…, style de personnage typique des romans d’aventure en général. 

Ce cinquième ouvrage d’Henri Vernes marque le retour de Bill Ballantine, compagnon de Bob Morane dans le premier roman (La Vallée infernale). Ce mécanicien à la chevelure rousse donnera un solide coup de main à notre héros quand il fera face, seul contre un dizaine d’hommes, dans le camp des malfaiteurs sis en plein désert yéménite. Quant à la présence des femmes dans l’univers de Bob Morane, il accuse un recul par rapport au roman précédent (La Griffe de feu) : pas le moindre personnage féminin, même pas en second plan. Décidément, Henri Vernes s’adresse vraiment aux garçons de 13 à 17 ans de la fin des années 1950… Pour ce qui est de la thématique du roman, son aspect documentaire pourrait-on dire, on délaisse les volcans au profit de l’aéronautique. Ainsi, le méchant, si méchant soit-il, est une sorte d’ingénieur de génie puisqu’il met au point l’avion à double hélice, ce qui fascine Bob Morane : « L’avion vertical ! murmurait-il. Depuis des années, tous les constructeurs du monde en cherchent le secret et le voilà, devant moi, capable, par la simple traction de ses hélices, de s’élever sur place, en chandelle, de se redresser en plein ciel, de s’y immobiliser ou de voler à l’horizontal et d’atterrir à reculons ». 

À l’instar des comptes rendus de lecture précédents, je termine celui-ci par une note sur la philosophie de l’aventure du héros : « Rien, il le savait, ne l’obligeait à risquer sa vie pour une cause qui n’était pas la sienne. Elle n’est pas la mienne, murmura-t-il entre les dents, mais celle de tous les hommes, et c’est pour cela qu’il me faut aller jusqu’au bout, malgré tous les dangers…» Reste à savoir si cet humanisme apparent inclue vraiment « tous les hommes », et pas seulement ceux des grandes puissances occidentales pour lesquelles le Yémen est un territoire britannique et un repère de forbans. Nous sommes en 1954, ne l’oublions pas.

Prochain titre : L’Héritage du flibustier

Henri Vernes. Bob Morane 5 : Panique dans le ciel. Éd. Gérard & cie, 1954 (Marabout Junior).