Henri Vernes : Bob Morane 4 – La Griffe de feu

Le quatrième Bob Morane marque déjà une différence avec les trois précédents : notre héros, las de l’hiver parisien, accepte une mission en Afrique centrale. La différence est que, cette fois-ci, il ne le fait pas pour des raisons scientifiques ou humanitaires, mais simplement pour aider un chef d’entreprise ayant le projet d’extraire du gaz méthane au lac M’Bangi, une région du monde qui a toujours le statut de colonie française au moment de la publication de ce roman. Que Bob Morane se mette à la solde d’une société minière pourrait en étonner plusieurs… même si ses motivations s’avèrent davantage d’ordre personnel que pécunier. En effet, le commandant ne recherche jamais la fortune, seulement l’aventure qu’il perçoit clairement comme un mode de vie. C’est sans doute pour ça qu’il a accepté la mission que lui a confiée Jacques Lamertin, grand patron de la Compagnie minière de Centre Afrique (C.M.C.A.), et qui, en raison de son handicap (il se déplace en fauteuil roulant), ne peut se charger lui-même de ses mystérieux ennemis. Comme on le verra dès le deuxième chapitre, ceux-ci  n’hésitent pas à recourir à la violence – et même parfois à l’assassinat – pour mettre en déroute les projets de la C.M.C.A. en Centrafrique. Aujourd’hui, on aurait pu penser qu’il s’agissait d’un groupe de militants écologistes… mais nous  sommes en 1954, je vous le rappelle. 

Ainsi, Bob Morane s’envole vers l’Afrique de l’Est et, à partir du Soudan, il prend un vol pour Bomba, un nom fictif pour Bangui, capitale de Centrafrique. C’est du moins ce que je présume sans en être tout à fait certain. D’emblée il se lie à Packart, un touche-à-tout qui se trouve là-bas pour à peu près les mêmes raisons que lui : par amitié pour Lamertin. Sur place, nos héros font face à d’autres obstacles, dont une attaque à la bombe qui détruit leur navire et laisse sans vie deux indigènes. Mais Bob Morane reprend les choses en main et réunit d’urgence le conseil d’administration de la compagnie à Bomba. Cela lui permet d’obtenir l’appui de l’armée coloniale pour protéger les installations de l’usine qui servira à l’extraction du méthane. Packart et lui sont néanmoins inquiets : une pression au fond du lac pourrait provoquer une catastrophe environnementale susceptible de détruire toute vie dans le lac, voire même chez les populations vivant sur son pourtour. Mais avant le risque écologique, il faut compter avec une catastrophe naturelle : l’éruption du volcan Kamina dont les laves en fusion se dirigent vers le lac M’Banqui, et, par sa haute température, risque de libérer le gaz méthane du fond du lac… 

Dans cette catastrophe appréhendée, l’ennemi de la C.M.C.A. se dévoile sous les traits d’une personne machiavélique à la tête d’une société concurrente prête à tout, même la perte de centaines de personnes, pour arriver à ses fins. Bien entendu, Bob Morane saura triompher de ces bandits et, avec l’aide des Bayabongo, une tribu africaine vivant en retrait des colonisateurs, et de son chef Wénéga, il parvient à sauver la ville de Bomba et à restaurer les droits de la compagnie d’extraction du gaz méthane. Mais la prospérité a une prix comme le mentionne notre héros lui-même :

« Une moue d’amertume apparut sur les traits de Bob. — Et je ne serai pas là pour apprécier les bienfaits que votre succès va apporter à la région. Les cheminées d’usines faisant concurrence au panache du Kalima, les produits chimiques venant polluer les eaux du lac. Et dire que j’aurai été un des artisans de cette victoire. Une belle victoire, en vérité. Celle de l’homme fourmi sur la nature souveraine. »

L’intrigue de ce quatrième roman mettant en scène Bob Morane est un peu tirée par les cheveux et s’avère truffée d’invraisemblances. Peu importe, Henri Vernes nous offre de jolies descriptions du volcan Kalima et de son éruption. Par ailleurs, il fait œuvre didactique en mettant en annexe des informations sur les volcans. N’oublions pas que la série des Bob Morane s’adresse à des adolescents, et non à un public adulte, même si je prends personnellement plaisir à (re)lire cette œuvre marquante du XXe siècle.

Ah oui ! Pour la première fois, Henri Vernes fait apparaître une femme dans ses récits. Il s’agit de Claire Holleman, la nièce de l’administrateur colonial de Bomba. On sent qu’elle est attirée par notre héros, mais ça ne va pas très loin. À peine a-t-on droit à quelques apparitions dans le récit. Bob Morane est amoureux de l’aventure, pas des femmes… et il considère la sédentarité d’un ennui mortel. Voyez vous-même : « Sans doute Lamertin avait-il songé à lui, Bob Morane, pour occuper quelque poste important, mais il se voyait mal buvant des whiskies-soda à longueur de journée, attrapant une maladie de foie et s’encroûtant dans les routines. »

Prochain titre : Panique dans le ciel

Henri Vernes. Bob Morane 4 : La Griffe de feu. Éd. Gérard & cie, 1954 (Marabout Junior).