Henri Vernes : Bob Morane 2 – La galère engloutie

Contrairement à La Vallée infernale (le premier Bob Morane), l’intrigue de La Galère engloutie prend plusieurs chapitres avant de se mettre en place. Elle met en scène Robert Morane et son ami Frank Reeves, dont on a fait la connaissance au roman précédent. Frank est cet Américain fortuné que Morane  a contribué à sauver de la jungle papouasienne. À Paris, les deux amis assistent à une vente aux enchères à l’Hôtel Drouot au cours de laquelle l’Américain achète un tableau aux dépens d’un homme âgé qui quitte les lieux en vociférant. Ce tableau, peint par un peintre de la Renaissance italienne, Fosco Pondinas, s’intitule La belle Africaine

En rentrant à l’appartement de Bob Morane, quai Voltaire sur la Rive gauche, les deux amis sont victimes d’une tentative de vol et, pendant la nuit, d’une invasion de domicile. Bref, plusieurs personnes s’intéressent à ce tableau et ce, pour une raison qu’on ne tardera pas à connaître au chapitre 3 puisqu’un l’auteur du vol raté n’est nul autre que Clairembart, un archéologue connu, celui-là même qui a quitté la salle aux enchères en laissant éclater haut et fort sa frustration. Pendant la nuit, l’archéologue raconte l’histoire de ce tableau aux deux aventuriers… tableau qui dissimule une carte secrète indiquant l’emplacement d’une galère engloutie dont la cale contient le sarcophage de la princesse égyptienne Nefraït représentée sur la toile de Pondinas. Convaincus de la sincérité de l’archéologue, nos deux héros décident de monter une expédition pour tenter de retrouver cette galère enfouie aux larges des côtes égyptiennes en Méditerranée.

À compter du chapitre 5, Morane, son ami, l’archéologue et son valet de chambre sont quelque part en Égypte. Ils tentent de percer le secret de la carte énigmatique que leur révèle finalement un vieux pêcheur arabe. Plus tard, ils se trouvent en mer en s’exerçant à plonger à plus de cinquante mètres de profondeur… Bien entendu, ils finiront par trouver le sarcophage et une dizaine d’amphores datant du monde antique. Mais l’aventure ne serait pas l’aventure sans obstacles de taille à faire frémir le jeune lecteur de la fin des années 1950 à qui ce roman était initialement destiné. En effet, les bandits de Paris ne sont nuls autres que les sbires de Leonide Scapalensi, un homme qui s’intéresse plus à l’or des pharaons qu’aux découvertes archéologiques. Ça tournera mal pour eux, on s’en doute, et les trois derniers chapitres, beaucoup plus courts que les précédents, décrivent nos trois héros à Paris pour la conclusion de cette affaire. Quelle est-elle, cette conclusion ? Distincte pour chacun d’eux. Le professeur Clairembart a réalisé le rêve de sa vie : percer le secret de la princesse Nefraït. Frank Reeves, le riche industriel américain, trouvera une épouse en la personne de la nièce de Pondinas, Carlotta Pondinas, descendante du peintre de la Renaissance, et peut-être même de la princesse égyptienne… Quant à Bob Morane, l’aventure en elle-même suffit à sa réalisation. 

D’ailleurs, Henri Vernes nous offre une belle description des vertus de l’aventure par la bouche de son héros, Bob Morane : « Si j’aime l’aventure, c’est parce que, souvent, elle se teinte d’intense poésie,  parce qu’elle me donne l’occasion de me réaliser ou de découvrir certaines vérités qu’une vie statique ne me permettrait sans doute jamais d’atteindre. Un peu partout dans le monde, il existe des gens qu’il faut connaître sous peine de n’avoir jamais une notion exacte de l’humain. Tel est sans doute le vrai sens de l’aventure : un contact plus étroit avec l’homme et, par conséquent, avec soi-même…»

L’intrigue de La galère engloutie, deuxième roman de cette série qui en compte près de 230, s’avère moins complexe que La Vallée infernale, mais elle inclut pour la première fois une présence féminine, même s’il s’agit d’une beauté fatale qui ne prononce pas plus de quatre ou cinq mots…

Prochain titre : Sur la piste de Fawcett.

Vernes, Henri. Bob Morane 2 : La galère engloutie. Éd. Gérard (coll. Marabout Junior), c1954