Fêtes et recherche de sens (Les créateurs 3)

Je suis devenu un homme âgé qui ne supporte plus qu’on bouscule ses horaires, ses habitudes. J’aime me lever tôt le matin et me restaurer à heures fixes. Tout entorse à cette règle entraîne un bouleversement qui agit sur mon système corporel : trouble du sommeil, dysfonctionnement intestinal, douleur articulatoire. Et cela a également un effet sur mon moral, sur ma créativité.

Non, je ne supporte plus les fêtes, souvent décrétées par d’autres et ce, pour des raisons qui tiennent parfois davantage du commerce que des rites de passage. Ces fêtes ne me procurent aucun plaisir, aucune satisfaction. Je suis bien quand je respecte une discipline de vie. Je suis bien quand je peux lire un bouquin en écoutant de la musique. Je suis bien quand je pique un roupillon après manger et que, plus tard, je fais un tour à pied dans le quartier. Je n’ai pas besoin de plus pour être satisfait, pour être heureux, si j’ose dire.

Aujourd’hui, seules les réalisations me procurent une certaine satisfaction. Par réalisations, j’entends une oeuvre créatrice, comme un texte déposé sur mon blogue ou un écrit destiné à s’intégrer à un roman. Tout le reste m’ennuie prodigieusement… Certes, j’aime encore passer une soirée avec de bons amis, en autant que le tout se déroule dans une relative intimité et que je sois dans mon lit avant minuit. Alors, fêtons si vous le voulez bien, mais pas plus de huit personnes à la fois, et de préférence avec du thé plutôt qu’avec du whisky.

Que voulez-vous ? C’est comme ça, un vieux… du moins, un vieux dans mon genre.

Heureusement que la période consacrée aux fêtes a une fin et que je peux reprendre le cours normal de mon existence dès le 3 janvier ou, quand il s’agit de mon propre anniversaire, le 27 février. D’aucuns me jugent « plates »… mais ce jugement leur appartient. Malheureux sont-ils ceux qui ne se contentent pas du peu qu’ils ont. Malheureux sont-ils ceux qui ne lisent pas, qui ne créent pas ou qui ne font rien de leurs mains pour compenser l’absence de vie intellectuelle. Car je ne méprise pas le travailleur manuel. Je l’admire tout autant que l’intellectuel, à la condition qu’il bâtisse quelque chose, qu’il se réalise dans quelque chose qui provienne de lui-même. Sinon, ces gens vivent pour rien, comme des bêtes qui se reproduisent en fonction de leur instinct. Ils vivent dans le but unique de satisfaire leurs désirs, désirs que leur corps s’avère de moins en moins en mesure d’assumer.

Serais-je prétentieux ? Peut-être, si vous le dites… mais à quelques années de la fin de ma vie, vous pensez bien que je m’en moque. Mais je ne le pense pas, non. Je crois simplement que ceux qui ne croient pas en Dieu doivent compenser cette absence de croyance par une activité créatrice. Trop nombreux sont ceux qui continuent à s’abriter derrière le rituel d’une religion sans la pratiquer, sans l’appliquer, juste pour se doter d’un cadre rassurant face à la mort, phénomène inéluctable qu’ils craignent comme la peste. Sauf que la peste on ne l’a plus… alors que la mort !

J’ai du respect pour ceux qui croient et qui mettent sincèrement les préceptes de leur Dieu en pratique. J’ai du respect pour ceux qui ont choisi une autre voie tant qu’elle demeure spirituelle, c’est-à-dire qu’elle nécessite une réflexion, une recherche de sens. Je n’ai pas, ou du moins très peu, de respect pour ceux qui vivent comme des bêtes sans chercher plus loin.

Je ne sais pas tout de la vie, de la mort. Je ne sais pas s’il y a un sens à notre existence commune. Mais je sais qu’il faut chercher, qu’il faut penser notre vie pour en construire un sens. Je crois à la sentence de Socrate : « Une vie sans examen ne vaut pas la peine d’être vécue ». En conséquence, j’examine la mienne…et je vous conseille d’en faire autant de la vôtre avant que vous ne disparaissiez corps et âme dans le Grand Néant.

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