Les mots de la fin

L'Afrique dans les médias


Daniel Ducharme | Société | 2023-12-15


J'aime l'Afrique, ce n'est un secret pour personne, du moins pour ceux qui me connaissent, car j'ai vécu sept années sur ce continent aussi diversifié que tout autre continent, même si on le présente trop souvent comme un bloc monolithique dans les médias. La richesse de l'Afrique, vous savez, ne réside pas dans ses cathédrales, bien que la basilique de Yamoussoukro en Côte-d'Ivoire vaille le coup d'œil. Non, la richesse de l'Afrique, ce sont les Africains eux-mêmes, ce sont les gens, leur convivialité, leur sens du dialogue, leur joie de vivre, leur humour, leur cuisine. Manger des brochettes de bœufs marinés et du manioc à l'extérieur, assis sur un banc de bois, à la tombée de la nuit, figure parmi les souvenirs plus marquants de mon séjour sur ce continent.

L'autre jour, sur la chaîne TV5 Monde, j'ai écouté un reportage sur des jeunes de Nairobi qui, pour se donner de l'espoir, ont ouvert une école de musique classique, à quelques kilomètres seulement du plus gros bidonville de la ville. Le reportage illustrait la vie de ces jeunes Africains qui, malgré des conditions de vie parfois difficiles, ne semblaient pas si misérables dans leur quête d'une vie meilleure. Dire que certains blancs-becs estiment que la musique classique, purement occidentale, serait discriminatoire... Pourtant il existe depuis longtemps de grands courants - compositeurs et interprètes - en Asie, en Amérique du Sud et, visiblement, en Afrique... Loin de moi l'idée de ne pas apprécier les percussions, mais les Africains ont le droit de jouer autre chose que du tam-tam. Et puis, dans cette école de Nairobi, on s'efforce justement de concilier l'héritage historique de l'Occident avec la culture musicale africaine. Vous savez, l'appropriation culturelle n'est pas une mauvaise chose en soi. C'est même un signe d'ouverture, d'originalité, de créativité... Qui a envie de se faire enfermer dans sa culture ?

Quelques jours plus tard, toujours sur TV5 Monde, j'ai vu un autre reportage qui mettait en scènes des jeunes entrepreneurs dans cette ville extrêmement dynamique qu'est Addis Abeba, capitale de l'Éthiopie. Mais voilà que ce matin, je tombe sur un article de La Presse sur des fillettes mariées de force et ce, dans ce même pays, soit le Kenya. Je ne sais pas si vous vous rendez compte, mais chaque fois qu'on parle de l'Afrique ici, c'est pour parler du terrorisme, de l'excision, des crimes d'honneur, des mariages forcés, du travail des enfants, de la grande misère, des migrants, etc. Une journaliste de Radio-Canada en a même fait une spécialité : dès qu'elle ouvre la bouche, c'est pour décrire des atrocités commises sur le continent africain. Je ne dis pas que, dans une zone rurale au fond du Kenya, il n'y a pas de mariages forcés. Je ne nie aucune des réalités décrites dans les journaux. Mais je dis que l'Afrique ne se résume pas à ça, tout comme le Québec ne se résume pas à ses itinérants, aux personnes mortes de surdose d'opioïdes dans les rues, aux nombreux cas d'incestes et de violences dans les communautés autochtones, et même dans nos propres communautés, etc. Certes, un reportage sur les violences au Nord-Kivu s'avère nécessaire, surtout s'il met en lumière le rôle des minières étrangères dans la déstabilisation de cette région du Congo. Mais quand il se résume à une histoire sordide, on risque de masquer le sujet, d'occulter le problème à l'origine de cette sordidité.

Bref, messieurs et mesdames, vous qui œuvrez dans les médias, faite un effort pour nous montrer autre chose que du sordide, même si je reconnais qu'un reportage de trois articles sur l'exploitation des filles dans les campagnes africaines vous vaudra plus de clics qu'un reportage sur le dynamisme de l'entreprenariat féminin en Afrique de l'Ouest. Les Africains d'ici, je vous jure, en ont marre de votre vision misérabiliste de leur continent.


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