Alexandre Dumas : Le capitaine Paul

Avec Souvenirs d’Anthony (1835), Le capitaine Paul figure parmi les premiers romans d’Alexandre Dumas. Une oeuvre de jeunesse, donc, même si l’écrivain a trente-six ans au moment de sa parution. Il faut se rappeler qu’avant d’adopter le roman comme genre littéraire privilégié, Dumas écrivait surtout pour le théâtre. C’est d’ailleurs parce que sa pièce a été refusée par ce milieu que le Le capitaine Paul est devenu un roman…

Quelle est la motivation de cet auteur qui ne cesse d’écrire des romans depuis lors, même s’il est aidé en cela par des rédacteurs comme Félicien Malville et Auguste Maquet ? L’argent, sans doute… car l’écriture lui a permis de vivre et même, parfois, de bien vivre. Mais il n’y a pas que ça… car l’écriture représente aussi pour lui une sorte d’exaltation que la créativité seule peut susciter chez ceux qui s’y adonnent. En littérature, la créativité consiste d’abord à partir de sa propre vie pour en créer d’autres, et ces autres, ces centaines de personnages que l’on meut à son gré, finissent forcément par nous habiter. En ce sens, Alexandre Dumas est vraisemblablement l’écrivain le plus créatif, le plus imaginatif et le plus productif de la littéraire française. Son oeuvre est immense et elle n’est pas prête de tomber dans l’oubli car elle est sans cesse revisitée, notamment au cinéma, tant en France qu’à étranger.

Alexandre Dumas ne se fait pas d’illusion sur la littérature et sa mise en marché. Il est conscient qu’une histoire doit être « du goût du public », même si « ce n’est pas toujours une raison pour qu’elle soit bonne. » Et quand il se prononce sur les romans publiés dans les journaux que d’aucuns méprisent, il anticipe sans contredit notre temps : « Porcher, écoutez bien ce que vous dit Nostradamus. Il y aura une époque où les libraires ne voudront éditer que des livres déjà publiés dans les journaux. Et où les directeurs ne voudront jouer que des drames tirés de romans. » Vous n’avez qu’à remplacer « journaux » par « cinéma » et vous comprendrez l’allusion, les éditeurs de notre époque ne publiant que des valeurs sûres, à moins qu’on les subventionne pour remplir des quotas. Mais il s’agit d’une autre histoire que nous n’aborderons pas ici…

Bon, revenons au Capitaine Paul. Que raconte ce roman, en fait ? Contrairement à ce que peut laisser supposer le titre, il ne s’agit pas d’une histoire de marins, bien que le personnage de Paul réfère à John Paul Jones, un corsaire du roi qui s’est illustré sur les mers pendant la Révolution américaine, faisant grand tort à la marine anglaise. Non, malgré cette référence historique, il ne s’agit pas d’un roman d’aventures, mais plutôt d’un roman d’amour, de ces amours que l’on cache pour obéir aux convenances d’une époque et qui laissent, quand elles sortent au grand jour, des gens heureux et quelques victimes. Ainsi la marquise d’Auray, mère de trois enfants, dont deux sont légitimes, est une des victimes… tout en étant le bourreau de sa propre fille car, chez Dumas, rien n’est tout à fait blanc, rien n’est tout à fait noir. (Il est lui même métis au demeurant… même si ça n’a rien à voir !). En effet, la marquise, prostrée dans son château de Bretagne pour expier une faute de jeunesse, tente de marier sa fille contre son gré. Pour arriver à ses fins, elle obtient l’aide de son fils Emmanuel, dont ce mariage accélérera sa carrière dans le monde, qui se débrouille pour faire arrêter le malheureux fiancé. Muni d’une ordonnance royale, il fait envoyé ce pauvre homme à Cayenne, la prison guyanaise rendue célèbre par Les misérables de Victor Hugo. Mais le fiancé enchaîné se retrouve par hasard sur le navire du capitaine Paul qui écoute son histoire… et qui, bien entendu, décide d’arranger les choses et, ce faisant, découvre qu’il a lui-même un lien avec cette famille dysfonctionnelle…

Que dire de ce roman ? Certes, c’est du jeune Dumas, mais déjà on reconnaît son sens de l’intrigue et du rebondissement. Je ne peux d’ailleurs aller plus loin dans ce résumé sans gâcher le plaisir de ceux qui souhaitent en entreprendre la lecture. Avant de m’arrêter, toutefois, je me permets de partager cette superbe citation sur le caractère quasi divin de l’océan :

« La terre, ce n’est que l’espace ; l’Océan, c’est l’immensité. L’Océan, c’est ce qu’il y a de plus grand, de plus fort et de plus puissant après Dieu ! L’Océan, je l’ai entendu rugir comme un lion irrité, puis, à la voix de son maître, se coucher comme un chien soumis ; je l’ai senti se dresser comme un Titan qui veut escalader le ciel, puis, sous le fouet de l’orage, je l’ai entendu se plaindre comme un enfant qui pleure. Je l’ai vu lancer des vagues au-devant de l’éclair, et essayer d’éteindre la foudre avec son écume, puis s’aplanir comme un miroir, et réfléchir jusqu’à la dernière étoile du ciel. Sur la terre, j’avais reconnu l’existence de Dieu ; sur l’Océan, je reconnus son pouvoir. »

On dira bien ce qu’on voudra mais Dumas, parfois, ça peut être beau…

Alexandre Dumas, Le capitaine Paul. Bibliothèque électronique du Québec, c1838.

Mise en ligne en 2018-08-16

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