Aéroport

C’est sans surprise que le Petit Robert définit un aéroport comme un « ensemble d’installations (aérodrome, aérogare, ateliers) nécessaires au trafic aérien intéressant une ville ou une région ». Du point de vue du voyageur, toutefois, un aéroport est un lieu de passage où on peut rester assis sur un banc pendant des heures à regarder les gens. Un aéroport est aussi lieu de méditation, un lieu où l’inactivité nous invite à repenser notre vie, à tout le moins à recréer en soi certains événements qu’on a délibérément vécus. Enfin, un aéroport est un lieu de transit dans lequel on est forcément en attente d’un départ ou d’une arrivée, un lieu de transition, donc, dans lequel peuvent émerger des idées qui n’auraient certes pas abouti à la surface de notre conscience dans la routine de la vie quotidienne.

Comme le soulignait l’auteur Allan E. Berger, un aéroport est un lieu rassurant. En effet, on est partout chez soi dans les aéroports et, en tant qu’étranger en transit, partout l’on s’y retrouve. Qu’on soit en correspondance à Athènes ou à Lisbonne, à Rabat ou à Tunis, la même signalétique nous y guette, accompagnée des mêmes boutiques, des mêmes échos, des mêmes feulements des avions qui sifflent sur les parkings ou grondent sur les pistes. Malgré la présence de l’anglais qui règne sur ce monde, la langue n’est pas la même, certes, mais les tapis à bagages sont toujours là, avec leurs voyageurs fourbus qui tâchent de récupérer leurs biens sans tarder. Par ailleurs, en dépit de la menace terroriste, on s’y sent en sécurité, du moins tant qu’on ne met pas le nez dehors, à l’extérieur de la zone internationale. Que ce soit à Abidjan ou à Lagos, si on a le malheur de sortir de cette zone, on se prend à regretter amèrement le temps béni où on errait de couloirs en salles d’attente, dans l’univers froid et informe, informel, informatisé, mollement informatif et flou, sans jour, sans nuit, sans heure autre que celle de poireauter ou de galoper, des aéroports.

Ne craignez pas les aéroports. Certains les redoutent, prétextant qu’il s’agit de lieux propices aux attentats terroristes. Baliverne… Vous avez mille fois plus de chances de mourir en balade sur une route de campagne que dans un aéroport d’une grande ville. Seul au milieu de l’agitation causée par les arrivées et les départs, vous parviendrez à un niveau de méditation rarement atteignable en d’autres circonstances.

Et là, peut-être, au cœur de la multitude, au milieu du bruit, dans l’inconfort d’une banquette ou pendant un mauvais repas, vous réussirez à recréer votre vie, laissant sans tristesse remonter en vous le souvenir de vos amours perdues.

Mise en ligne le : 2018-06-21

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