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Henri Vernes : Bob Morane 14 : Opération Atlantide


Daniel Ducharme | Lectures | 2022-04-01


Le quatorzième roman de Bob Morane débute alors que notre héros est en vacances dans les Caraïbes. À Nassau (Bahamas), il se procure un petit voilier pour naviguer dans cet archipel situé au sud-est des Bahamas à la recherche d’une île déserte pour se reposer pendant quelques semaines et, si possible, « se replonger dans la paix des origines ». Il tombe effectivement sur une île qui semble inhabitée. Il y passe la nuit, remettant son exploration au lendemain matin. Malheureusement pour lui, de l’autre côté d’une colline, il aperçoit trois ou quatre habitations en tôle ondulée et un espace sur la mer dans lequel se trouve un étrange navire, un appareil qui tient davantage du sous-marin que du bateau proprement dit. Ne voyant personne, il se permet d’entrer mais, entendant des voix, il se cache dans un compartiment tandis que l’embarcation se met en route sous la mer. Le voilà donc pris au piège.

Il est vite repéré, molesté, puis détaché. Les quatre hommes qu’il a devant lui constituent une équipe scientifique britannique. Ils ont conçu cet espèce de tank sous-marin dans un alliage de métaux innovateur (le kearnalumine), ce qui leur permet d’explorer les fonds marins à une profondeur inconnue jusqu’alors. Ils sont à la recherche des traces d’une civilisation disparue, peut-être cette fameuse Atlantide, ce continent englouti dans la nuit des temps. Conscients que ce projet peut susciter la convoitise d’une puissance étrangère, ils manœuvrent dans la plus grande discrétion. Ne pouvant libérer Bob Morane pour des raisons de sécurité, ils l’intègrent dans leur équipe, au grand plaisir de celui-ci qui n’envisage pas la vie sans aventures ténébreuses… D’ailleurs, l’aventure viendra plus rapidement que prévu car notre héros détourne l’attention d’un groupe d’attaquants aux traits asiatiques, visiblement à la solde d’un pays non identifié. Bob Morane s’en sort presque miraculeusement et réussit à réintégrer le sous-marin qui doit entreprendre son périple sur-le-champ afin d’échapper à leurs poursuivants.

Dans les chapitres suivants, le sous-marin s’enfonce dans la Mer des Sargasses, allant de découvertes en découvertes. Pendant un moment, on a plutôt l’impression d’être dans un roman de Jules Verne, et non d’Henri Vernes… puis l’aventure renaît quand l’équipe de recherche scientifique découvre une cité engloutie qui pourrait bien être l’Atlantide. Les quatre hommes y pénètrent.. mais ils sont rapidement pris en chasse par des créatures, mi-hommes mi-poissons, munies d’étranges armes contre lesquelles ils sont heureusement protégés, du moins pour un certain temps car, vite entourés par une centaine de ces créatures (que l’auteur désigne par la suite sous le nom d’Ichtyanthropes), ils n’ont d’autre choix que de les suivre. Et c’est là qu’ils se rendent compte que des hommes les commandent, revêtus comme eux de scaphandres.

Ces hommes sont les derniers habitants d’Atlantide. Vivant sous un immense dôme, ils respirent un air pur, si pur que la vie à la surface leur serait devenue impossible si d’aventure ils souhaitaient remonter. De l’Atlantide originelle, il ne reste que deux îles englouties. Chilac, le chef d’une d’entre elles, accueille Bob Morane et ses amis scientifiques. Les Atlantes sont en déclin ; leurs jours sont comptés. En raison de leurs croyances qui tiennent davantage de la superstition que d’une religion, ils fuient comme la peste l’île voisine - aussi engloutie que celle où ils vivent - où résiderait le Grand Dagon. Bob Morane, notre héros qui n’a peur de rien, décide de partir lui-même à la découverte de cette seconde île. Malheureusement, il sera capturé par le colonel Kapek, un militaire à la solde d’Urga, cet homme aux traits asiatiques qui a tenté de s’emparer du sous-marin britannique avant qu’il ne quitte l’île. Kapek et Urga, on l’aura déjà compris, ne sont guère intéressés par les découvertes archéologiques. Ce qu’ils recherchent, ce sont les innovations militaires et, sans doute aussi, l’uranium qu’on trouve en grande quantité dans le sous-sol de l’Atlantide. Malheureusement pour eux, ils périront en même temps que les Atlantes dont ils ne restent plus rien à la fin du récit.

Que dire de ce quatorzième Bob Morane ? Fidèle à son habitude, Henri Vernes ne fait figurer aucune femme dans ce récit. Même chez les Atlantes… où pourtant on aurait dû mettre en scène les dernières familles de ce continent mythique. Autre chose, comme dans Le Secret des Mayas, notre héros assiste à l’effondrement d’une civilisation, d’une tradition. Un signe sans doute que la fin des années 1950 sonne le glas de plusieurs civilisations dans le monde, victime de la colonisation et de la culture matérielle des Occidentaux. Avant de terminer, une remarque s’impose : dans Opération Atlantide, l’auteur commence à frayer avec la science-fiction et le fantastique, genre dans lequel il sautera à pieds joints dans la série de l’Ombre jaune. 

Vernes, Henri. Opération Atlantide (Bob Morane 14). Éd. Gérard (coll. Marabout Junior), c1956