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Bob Morane 10 - La Vallée des brontosaures


Daniel Ducharme | Lectures | 2021-04-21


Si La Griffe de feu se déroulait en Centrafrique, il fallait néanmoins le déduire alors que, dans ce dixième roman de la série Bob Morane, ce pays d'Afrique centrale est clairement identifié, même s’il  ne s’agit toujours pas du même pays. En fait, nous sommes en territoire britannique, probablement en Ouganda, dans une ville fictive à la lisière de la jungle appelée Walambo. Mais tout ça importait peu pour le lecteur adolescent des années 1950 qui, lui, avait juste besoin de se sentir dépaysé dans cette Afrique mythique à la nature sauvage, une Afrique peuplée de tribus aussi primitives que sanguinaires… Bref, on est sans nul doute dans le pays de Tarzan ou de Jim la Jungle.

Mais ce dixième Bob Morane apporte surtout une nouveauté par rapport aux romans précédents. En effet, pour la première fois, l'auteur fait d'une femme un personnage important dans son histoire : Leni Hetzel, la fille d'un paléontologue autrichien qui souhaite laver la réputation de son père. Celui-ci aurait découvert des squelettes d’animaux préhistoriques dans une vallée peu accessible, une découverte qui aurait été mise en cause par des archéologues américains. Aussi, la jeune femme souhaite se rendre dans cette vallée afin de démontrer au milieu scientifique qu’elle existe vraiment et qu’on y trouve les ossements en question. Mais pour se rendre dans cette vallée, il faut traverser le territoire des hommes-léopards, une tribu qui n’apprécie pas la présence des blancs, et avec raison, sans doute, quand on voit la piètre qualité morale des Européens qui trafiquent ivoire et diamants dans le secteur. Parmi ceux-ci, l’auteur nous en offre un bel échantillon avec Peter Bald, un alcoolique du nom de Crest qui lui sert d’homme de main, et Brownsky, un trafiquant peu recommandable. Et compte tenu qu’Allan Wood, l’ami que Bob Morane est venu retrouver pour un safari photo, refuse d’accompagner Miss Hetzel, craignant pour sa vie et pour celle des porteurs, celle-ci n’a d’autre choix que de se tourner vers ces forbans.

Bob Morane est inquiet pour Lena Hetzel. Alors, tout en partant en safari avec Wood et M’Booli, il suit les traces de la jeune femme, car ils se doutent bien que ce ne sont pas les ossements qui intéressent ces hommes, mais plutôt des diamants dissimulés dans une grotte de cette fameuse vallée. Sur la route, ils tombent sur le cadavre de Crest, vraisemblablement tué par les Bakubis, les hommes-léopards. Conscient de son retard sur l’équipe de miss Hetzel, et de plus en plus inquiet, Bob Morane prend la liberté d’aller à la rencontre de Bankutûh, chef des Balébélés. Avant d’accéder au territoire interdit, il sauve la vie au fils du sorcier aux prises avec des babouins géants, ce qui constitue son passeport d’entrée… Notons que ce n’est pas la première fois qu’Henri Verne recourt à ce moyen pour s’attirer la sympathie des autochtones au profit de son héros. Il l’a fait dans La Vallée infernale, Sur la route de Fawcett et Les Faiseurs de désert.) Bien entendu, Bankutûh autorise Bob Morane et son équipe à traverser ses terres afin de lui permettre d’arriver avant Lena Hetzel à la rivière Sangrah, porte d’entrée de la vallée des brontosaures. 

À partir de là, tout déboule… Leni Hetzel et ses vilains compagnons sont capturés par les hommes-léopards, puis délivrés par Bob Morane à l’exception de  Brownsky qui n’a pas survécu aux rites sacrificiels des Bakulis. Poursuivis par ceux-ci, nos héros réussissent à s’enfuir dans la forêt, mettant le feu derrière eux pour retarder les hommes-léopards. Aux prises avec la faim, Bob Morane part à la chasse tandis que Lena, Allan et M’Booli (Peter Bald s’est enfui de son côté) l’attendent sur un plateau. Seul, Bob Morane poursuit sa route, tue une antilope pour se nourrir et affronte à lui seul le terrible chipekwe, nom donné par les Africains à un type de saurien géant. Et sans trop s’en rendre compte, il aboutit dans la vallée des brontosaures, une cavité remplie de fossiles d'animaux préhistoriques. Au fond de cette vallée, il découvre une grotte dans laquelle les diamants sont posés à côté d’un squelette humain. Malheureusement pour lui, Peter Bald le rejoint et menace de le tuer… avant qu’il soit lui-même empalé par une sagaie bakulie… À la fin, Bankutûh et ses sujets mettent les hommes-léopards en déroute et accompagnent les rescapés sur la route de Walambo, là où leurs chemins se séparent. Et tout est bien qui finit bien : les méchants sont morts, les Balébélés préservent leurs traditions, Allan Wood épouse Leni et Bob Morane va enfin faire son safari-photo avec M’Booli, le fidèle Africain au service de son ami.

Que doit-on penser de cette nouvelle aventure de Bob Morane ? Personnellement, je la trouve meilleure que les précédentes. L’intrigue se complexifie, les personnes aussi. Bien entendu, nous sommes toujours en pleine période coloniale, et il vaut mieux ne pas s’arrêter à l’image de l’Afrique véhiculée par Henri Verne. Certes, tout n’est pas noir, mais on sent clairement que ce continent vit sous le joug des nations européennes. Par ailleurs, la présence d’une femme (Leni Hetzel) dans le récit ajoute un plus… Une femme courageuse, somme toute, qui finira par épouser Allan Wood, l’ami de Bob Morane. Pourquoi pas notre héros ? L’aventure est un sacerdoce, ne l’oublions pas…

Henri Verne. La Vallée des brontosaures (Bob Morane 10). Éditions Gérard et Cie, c1955