Daniel Ducharme : Culture web et expressions

Bob Morane 7 – Les faiseurs de désert


Daniel Ducharme | Lectures | 2021-03-14


Le septième Bob Morane débute chez un cordonnier de Montmartre lorsqu’un homme se méprend sur l’identité de notre héros en l’abordant sous le nom d’Alexandre Semenof. Bob Morane joue le jeu autant par curiosité que par besoin d’action quand il comprend que cet homme requiert ses services pour le compte d’un professeur. En rentrant chez lui, Bob s’aperçoit qu’il est suivi par un autre homme à la mine patibulaire. Il le sème, entre dans son appartement et, au téléphone, apprend par son ami le professeur Clairembart l’identité de ce Semenof, un ingénieur tombé entre de mauvaises mains. Il n’en faut pas plus pour que notre héros vole à son secours… Un vol et un assassinat plus loin, le commandant Morane se trouve à bord d’un navire en compagnie de mécréants qui le prennent toujours pour l’ingénieur Semenof. Il navigue en direction d’une île…

Cette île, nommée Assomption, est située quelque part aux Antilles et appartiendrait au professeur Sixte, un mégalomane qui, après que son invention ait été refusée par plusieurs pays du monde, a concocté un virus capable de détruire toute culture en un temps record, transformant ainsi les terres arables en désert. Toujours sous l’identité de Semenof, Bob Morane est chargé par Sixte de concevoir une fusée susceptible de projeter ce virus dans n’importe quelle partie de la terre. Mais, après avoir constaté l’efficacité diabolique de l’invention du professeur, il décide de quitter l’île pour rejoindre Washington afin de prévenir les autorités américaines. Plusieurs embûches entravent sa fuite, bien entendu, dont le dénommé Mayer, le tueur chargé d’accomplir les basses œuvres de Sixte. D’ailleurs, notre héros serait tombé sous ses balles si ce n’était de l’intervention in extremis de Fred Duncan, un Américain à la solde du professeur mais qui, dans les faits, travaille pour le service de contre-espionnage américain. Mayer hors d’état de nuire, les deux hommes cherchent à fuir en bateau, mais leur plan est contrecarré par les hommes de main du professeur à qui ils ont volé les documents décrivant ses découvertes. Ne pouvant fuir par la mer, Morane et Duncan s’enfoncent dans la forêt dense du sud de l’île. Après quelques heures de marche, ils tombent sur les travailleurs d’origine haïtienne qui se trouvent en pleine séance de vaudou. Le chef, Caïus, reconnaît Morane qui l’a déjà sorti des griffes de Mayer quelques jours plus tôt. Aussi accepte-t-il de l’aider à combattre le professeur Sixte et ses mercenaires. Mais voilà qu’en arrivant sur les lieux ils aperçoivent le yacht du professeur au loin… mais aussi le navire militaire des États-Unis prévenu plus tôt par un télex que Bob Morane a réussi à envoyer avant sa fuite en forêt. Croyant que tout est joué, Bob Morane pénètre dans le bunker métallique pour détruire toute trace possible du virus mortel du professeur… mais il est accueilli par ce dernier. Une lutte s’ensuit au cours de laquelle notre héros a bien failli y laisser sa peau. Heureusement, la rixe se termine par un accident et, par le fait même, par la mort tragique du biologiste mégalomane qui fait une chute de plus de dix mètres sur le carrelage en béton du bunker.

Un an plus tard, Morane se retrouve en compagnie du professeur Clairembart dans son appartement de Paris et parcourt un article de journal annonçant que les États-Unis ont récupéré les graines géantes de Sixte, cette invention susceptible d’éradiquer la faim dans le monde. Bob Morane, malgré le risque qu’il a encouru au cours de cette mission (tout à fait volontaire, ne l’oublions pas), a droit à un bel éloge de son auteur : 

« Peut-être son destin était-il de suivre cette piste s’offrant à lui et peut-être qu’en la suivant, il accomplirait un acte dont il aurait par la suite à se féliciter. Car, enfin, ce qui comptait pour l’homme, c’était de suivre son destin jusqu’au bout, sans égoïsme et sans peur. »

Tout est bien qui finit bien, donc. Une constante dans les romans d’Henri Vernes jusqu’ici. D’ailleurs, d’autres constantes méritent d’être relevées. D’abord, nous sommes toujours dans un monde de gars : aucune femme dans ce roman, même chez les autochtones. Ensuite, les « colonisés » sont mis à contribution : ils se mettent du côté des « bons » blancs contre les « mauvais ». C’est le cas dans plusieurs romans jusqu’ici, notamment dans La Vallée infernale, Sur la piste de Fawcett, et bien d’autres. D’ailleurs, on ne s’attardera pas trop sur l’image véhiculée par Henri Vernes des travailleurs haïtiens des faiseurs de désert. Parfois, en lisant leur description, on a l’impression d’être encore à la fin du XIXe siècle alors que nous sommes tout de même en 1950 ! Ça témoigne bien d’une vision européocentriste d’un Occident maître du monde, ce qui était sans doute encore acceptable à l’époque de l’écriture de ce roman. Aujourd’hui, ça ne passerait plus, bien entendu.

Les faiseurs de désert est un bon roman, somme toute. Meilleur que L’héritage du flibustier en tout cas. Certes, il y a un peu trop de hasard et d’invraisemblances, mais il s’agit d’un roman pour adolescents, donc on ne s’évertue pas à recréer un contexte crédible. Et le personnage du savant fou frustré par la vie qui cherche à détruire le monde,  on voit ça dans les super héros Marvel… mais dans Bob Morane ?

Henri Vernes, Bob Morane 7 : Les faiseurs de déserts, c1955