Daniel Ducharme : Culture web et expressions

Bob Morane 3 – Sur la piste de Fawcett


Daniel Ducharme | Lectures | 2021-03-09


Le troisième Bob Morane se déroule au Brésil, dans l'État du Mato Grosso. Notre héros s'y est rendu sous l'invitation d'Alejandro Rias, un ami avec lequel il a fait ses études à Paris dans le temps. La mise en situation se déroule sur deux chapitres. Dans le premier, Alejandro tue un jaguar à coup de lance pour protéger ses animaux de ferme, ce qui nous donne droit à une leçon de morale sur le combat entre les espèces dans lesquelles s'inscrivent les hommes et les femmes, bien entendu.

Au deuxième chapitre, au retour de cette chasse, un homme les attend dans l'hacienda. Une fois les présentations faites, cet homme raconte une histoire d'anciens explorateurs cherchant de l'or dans des coins reculés du Mato Grosso, un État essentiellement agraire du centre-ouest du Brésil. Ces hommes auraient alors découvert une cité perdue inhabitée depuis des siècles : la Ciudad de Los Cesares connue aussi sous le nom de Gran Paititi. C'est là que le Colonel Fawcett, accompagné de son fils, se serait dirigé… mais jamais on ne les a revus. C'était en 1925.

Après le discours du professeur, nos héros conviennent de partir en expédition à la recherche de cette cité perdue, lieu de ces Indiens blancs, les  Musus, qui seraient, en fait, des Toltèques. Il s’agit plus ou moins d’une légende à laquelle Alejandro ne croit pas, mais qui pique la curiosité de Bob Morane. Alors les deux amis, accompagnés de Chinu, leur compagnon métis, quittent l’hacienda à l’aube pour percer le secret de cette cité perdue.

Bien entendu, leur parcours est semé d’embûches. Pas d’aventure sans obstacles, n’est-ce pas ? Le premier est celui de la nature. De fortes pluies les mettent en danger alors qu’ils naviguent sur un radeau en direction d’un village indien. Puis se suivent dans l’ordre : l’attaque des Chalantes, indiens féroces de la région, les piranhas, ces petits poissons carnivores qui ont menacé Bob Morane pendant un moment, l’anaconda géant qui a mis en déroute les Morcegos, ces Indiens encore plus cruels qui ont bien failli occire nos trois héros, etc. Mais rien n’arrête un aventurier comme Bob Morane dont Henri Vernes, son auteur, offre une belle pensée sur ce phénomène. « L’aventure donnait aux hommes le même visage, nivelait les races et confondait les êtres en une indispensable fraternité. »

Nos héros vont-ils découvrir la cité perdue ? Oui, bien entendu et, ce faisant, ils vont faire la connaissance de « civilisés » aussi cruels et sanguinaires, sinon davantage, que ces pauvres Indiens… Mais ils s’en sortiront indemnes, comme toujours, malgré quelques égratignures. Mais avant de revenir à la civilisation, Bob a fait la promesse, au dernier représentant des Musus sur Terre, qu’il ne dévoilera pas le lieu de la cité perdue. Promesse tenue mais qui n’a pas empêché notre héros de prendre une quantité de photographies des lieux.

Sur le chemin du retour, nos héros ont dû aussi surmonter nombres d’embûches jusqu’à ce qu’ils parviennent au premier poste du Mato Grosso, porte d’entrée dans la civilisation… Le roman se termine à Rio alors que Bob Morane lit quelques journaux qui mettent en doute l’existence de cette fameuse cité. Mais les photographies, expertisées par les plus grandes sommités, ont été jugées authentiques. Et plus personne ne peut douter de la véracité de l'aventure de Bob Morane et de ses compagnons.

Que dire de ce troisième roman ? Comme dans La Vallée infernale, les autochtones sont souvent décrits comme des êtres primitifs aux mœurs sanguinaires. Mais Bob Morane ne les juge pas, conscient qu’on leur a pris leurs terres. Et c’est aussi grâce à eux qu’il est sorti vivant de cette aventure… Autre chose, comme dans les deux romans précédents, Sur la piste de Fawcett ne met en scène aucune femme, comme si le monde n’était peuplé que de mâles avides d’aventure. Même son ami Alejandro vit tout seul dans son immense domaine, sans aucune femme pour partager ses jours et ses nuits. C’est tout de même un peu étrange...

En terminant, saluons au passage la conclusion humaniste de notre aventurier : « Et Morane songea que, par le monde, il se passait bien des choses qu’il aimerait toucher du doigt, des événements auxquels il aimerait être mêlé. Dans le fond, murmura-t-il, la terre entière n’est elle-même qu’une vaste cité perdue, et il me reste encore à la découvrir. »

Et il repartira bientôt pour de nouvelles aventures...

Henri Vernes. Sur la piste de Fawcett (Bob Morane 3). Éd. Gérard (coll. Marabout Junior), c1954